Up Le-Lac-des-Rives

dscn0788_
dscn0789_
dscn0790_
dscn0791_
dscn0792_
dscn0793_
dscn0794_
dscn0795_
dscn0796_
dscn0797_

Nombre total d'images: 10 | Dernière mise à jour: 15/03/09 21:05 | Créé avec JAlbum & Chameleon | Aide

UN LAC FANTOME DANS LE LARZAC

           Après 7 ans d'absence, l'eau est revenue sur le plateau au moi de mai 2004. Dans la cuvette des Rives,(34520), depuis le 13 mars dernier, les crapauds calamites, tritons marbrés et crevettes brapides ont remplacé les comédiens qui, autour d'Alain Chabat, livraient leur très personnelle vision de la préhistoire ; l'an passé à pareille époque, les acteurs tournaient à pied sec dans ce décor étonnant de rochers ruiniformes sculptés par le vent, l'eau et le soleil. Aujourd'hui, la nature a repris ses droits pour satisfaire aux lois locales de l'hydrogéologie et aux légendes du plateau du Larzac. Le mythique lac temporaire est revenu, après sept années d'absence, pour envahir les pâturages. A ce jour, l'effort hydraulique du phénomène est mesuré : 3 hectares à peine et 5 mètres au plus profond, alors qu'à ses plus belles heures, il peut engloutir des rochers hauts de 10 mètres, noyer 12 hectares, totaliser quelque 2 500 000m3 et même venir couper la route départementale qui conduit des Rives à La Pezade et qui déverse par milliers, chaque jour toujours plus nombreux, les curieux de tout le sud du Massif central. Fatalement, par la force de sa répétition irrégulière (2004, 1997, 1996, 1987, 1983, 1976…), l'évènement hydrologique entraîne la mémoire collective dans le monde de l'irrationnel. " Les scientifiques ont apporté toutes les explications possibles sur le phénomène. Mais les habitants continuent, encore aujourd'hui, de croire que l'eau remonte du sol, qu'elle sort de terre par un siphon. Certains n'en démordent pas ", s'étonne Luc Bevilacqua, instituteur et vidéaste, qui a réalisé un court-métrage pédagogique sur le lac des Rives. Sur le scénario de ce mystère, les scientifiques justement sont pourtant formels. " Ce lac-là n'est pas comme les autres étangs temporaires du Larzac qui apparaissent par extravasement. Lorsque les grottes souterraines sont saturées, l'eau finit par remonter à la surface. Cette dépression concentre le ruissellement des eaux météoriques des bassins versants des alentours. Et les différentes analyses ont prouvé que ce lac suspendu n'entretenait aucune relation avec le réseau souterrain d'alimentation de la rivière la Sorgue, enfoui à la verticale à 100 mètres de profondeur ", avance le professeur Paul Ambert, géomorphologue au CNRS, qui a délivré son diagnostic en 1979. Sauf que les eaux qui alimentent les Rives s'infiltrent dans le calcaire karstique et qu'elles s'échappent à flanc de prairie en donnant l'illusion de remonter des profondeurs, y compris par les taupinières. " Quand l'eau sort du sol, c'est vraiment impressionnant ", raconte avec émotion Maité Barascut dont la vie entière semble avoir été jalonnée par le lac. " Lorsqu'il pleut très fort, les particules d'argile sont arrachées.Elles arrivent en contact avec le grézou, ce sable très fin provenant de la décomposition de la roche calcaire de type dolomie. C'est ce mélange fin et imperméable qui contribue à colmater les fissures au fond de la cuvette et qui en assure ainsi l'étanchéité ", ajoute Aimé Malet, ingénieur hydrogéologue spécialiste des réseaux du plateau du Larzac. Mais, pour parvenir à la saturation des poches d'eau souterraines, encore faut-il que les précipitations soient fortes, voire exceptionnelles, et régulières. " Le lac resurgit lorsque le niveau des pluies atteint ou dépasse les 500 mm en quelques jours, soit à peu près le moitié de ce qui tombe en 12 mois dans cette partie du Larzac. C'est ce qui est tombé entre le 1er et le 21 janvier 1996 et qui a entraîné l'apparition du lac le 13 janvier. Celui-ci avait atteint son niveau record quinze jours plus tard. Et il s'était maintenu jusqu'en septembre avant de disparaître, puis de réapparaître encore jusqu'en mars 1997 ", se souvient Xavier Tesserenc, copropriétaire de ce fameux recoin du plateau. Avec soin et précision, il note sur un cahier les variations de la curiosité hydrogéologique. Propriétaire anonyme, noyé dans la multitude des pèlerins géologues du dimanche ou des RTT, il s'efforce d'apprécier l'évolution totalement imprévisible de ce lac suspendu. Il s'étonne encore aujourd'hui de l'incroyable fidélité des crustacés lepidurus d'apus, dont les œufs ont attendu sept ans en terre pour éclore au contact de l'eau. Au bord de cette " mini baie " d'Along, perchée à 750 mètres d'altitude, les curieux qui embouteillent les petites routes du secteur se contentent de filmer et de photographier le lac en numérique. Qui disparaîtra sans prévenir.