| Nombre total d'images: 10 | Dernière mise à jour: 15/03/09 21:05 | Créé avec JAlbum & Chameleon | Aide |
UN LAC FANTOME DANS LE LARZAC
Après 7 ans d'absence, l'eau est revenue sur le plateau au moi
de mai 2004.
Dans la cuvette des Rives,(34520), depuis le 13 mars dernier, les
crapauds calamites, tritons marbrés et crevettes brapides ont
remplacé les comédiens qui, autour d'Alain Chabat,
livraient leur très personnelle vision de la préhistoire
; l'an passé à pareille époque, les acteurs
tournaient à pied sec dans ce décor étonnant de
rochers ruiniformes sculptés par le vent, l'eau et le soleil.
Aujourd'hui, la nature a repris ses droits pour satisfaire aux lois
locales de l'hydrogéologie et aux légendes du plateau du
Larzac. Le mythique lac temporaire est revenu, après sept
années d'absence, pour envahir les pâturages.
A ce jour, l'effort hydraulique du phénomène est
mesuré : 3 hectares à peine et 5 mètres au plus
profond, alors qu'à ses plus belles heures, il peut engloutir
des rochers hauts de 10 mètres, noyer 12 hectares, totaliser
quelque 2 500 000m3 et même venir couper la route
départementale qui conduit des Rives à La Pezade et qui
déverse par milliers, chaque jour toujours plus nombreux, les
curieux de tout le sud du Massif central.
Fatalement, par la force de sa répétition
irrégulière (2004, 1997, 1996, 1987, 1983, 1976…),
l'évènement hydrologique entraîne la mémoire
collective dans le monde de l'irrationnel. " Les scientifiques ont
apporté toutes les explications possibles sur le
phénomène. Mais les habitants continuent, encore
aujourd'hui, de croire que l'eau remonte du sol, qu'elle sort de terre
par un siphon. Certains n'en démordent pas ", s'étonne
Luc Bevilacqua, instituteur et vidéaste, qui a
réalisé un court-métrage pédagogique sur le
lac des Rives. Sur le scénario de ce mystère, les
scientifiques justement sont pourtant formels. " Ce lac-là n'est
pas comme les autres étangs temporaires du Larzac qui
apparaissent par extravasement. Lorsque les grottes souterraines sont
saturées, l'eau finit par remonter à la surface. Cette
dépression concentre le ruissellement des eaux
météoriques des bassins versants des alentours. Et les
différentes analyses ont prouvé que ce lac suspendu
n'entretenait aucune relation avec le réseau souterrain
d'alimentation de la rivière la Sorgue, enfoui à la
verticale à 100 mètres de profondeur ", avance le
professeur Paul Ambert, géomorphologue au CNRS, qui a
délivré son diagnostic en 1979.
Sauf que les eaux qui alimentent les Rives s'infiltrent dans le
calcaire karstique et qu'elles s'échappent à flanc de
prairie en donnant l'illusion de remonter des profondeurs, y compris
par les taupinières. " Quand l'eau sort du sol, c'est vraiment
impressionnant ", raconte avec émotion Maité Barascut
dont la vie entière semble avoir été
jalonnée par le lac. " Lorsqu'il pleut très fort, les
particules d'argile sont arrachées.Elles arrivent en contact
avec le grézou, ce sable très fin provenant de la
décomposition de la roche calcaire de type dolomie. C'est ce
mélange fin et imperméable qui contribue à
colmater les fissures au fond de la cuvette et qui en assure ainsi
l'étanchéité ", ajoute Aimé Malet,
ingénieur hydrogéologue spécialiste des
réseaux du plateau du Larzac.
Mais, pour parvenir à la saturation des poches d'eau
souterraines, encore faut-il que les précipitations soient
fortes, voire exceptionnelles, et régulières. " Le lac
resurgit lorsque le niveau des pluies atteint ou dépasse les 500
mm en quelques jours, soit à peu près le moitié de
ce qui tombe en 12 mois dans cette partie du Larzac. C'est ce qui est
tombé entre le 1er et le 21 janvier 1996 et qui a
entraîné l'apparition du lac le 13 janvier. Celui-ci avait
atteint son niveau record quinze jours plus tard. Et il s'était
maintenu jusqu'en septembre avant de disparaître, puis de
réapparaître encore jusqu'en mars 1997 ", se souvient
Xavier Tesserenc, copropriétaire de ce fameux recoin du plateau.
Avec soin et précision, il note sur un cahier les variations de
la curiosité hydrogéologique.
Propriétaire anonyme, noyé dans la multitude des
pèlerins géologues du dimanche ou des RTT, il s'efforce
d'apprécier l'évolution totalement imprévisible de
ce lac suspendu. Il s'étonne encore aujourd'hui de l'incroyable
fidélité des crustacés lepidurus d'apus, dont les
œufs ont attendu sept ans en terre pour éclore au contact
de l'eau. Au bord de cette " mini baie " d'Along, perchée
à 750 mètres d'altitude, les curieux qui embouteillent
les petites routes du secteur se contentent de filmer et de
photographier le lac en numérique. Qui disparaîtra sans
prévenir.